NICOX : NICOX PEUT-IL RENAÎTRE DE SES CENDRES ?
19/05/12 à 01:00 - Investir
ANALYSE FINANCIÈRE : Jugée moribonde après un grave revers en 2010, l'ex-star du secteur des biotechnologies veut s'engager dans une nouvelle histoire. Nicox va devoir convaincre les investisseurs, échaudés, de la pertinence de sa nouvelle stratégie de transformation vers une société internationale spécialisée dans l'ophtalmologie. Le pari est risqué et l'action très volatile.
HISTORIQUE INFOS & CONSEILS
NicOx ne rachètera pas le solde d'Altacor - 01/06/2012 - Reuters
Nicox se relèvera-t-il du coup fatal porté en 2010 par les autorités de santé américaines (FDA), qui ont refusé d'homologuer son anti-inflammatoire phare, Naproxcinod ? Les espoirs sur ce potentiel successeur du Vioxx (retiré du marché), censé attaquer le marché de masse du traitement de la douleur de l'arthrose sans effets secondaires cardio-vasculaires, avaient fait grimper le titre à un sommet de 23 € fin 2006, hissant la capitalisation de la petite société de recherche, déficitaire, proche du milliard ! La chute a été vertigineuse, entraînant l'action sous 1 € en 2011.
Elle a repris quelques couleurs depuis janvier, s'échangeant autour de 3 €. Mais Nicox, qui cherche à se réinventer, en a-t-il la capacité ? Nous avons tenté de répondre aux grandes interrogations sur ce dossier.
Quelle pérennité financière ?
La chance de Nicox est d'avoir pu lever 100 millions d'euros en 2010 (peu avant la décision négative de la FDA) et de bénéficier du soutien du Fonds stratégique d'investissement (FSI), qui détient 5 % de son capital. La société de biotechnologie dispose aujourd'hui de 93 millions d'euros de liquidités, un trésor de guerre qu'elle va devoir utiliser à bon escient pour engager une profonde transformation.
En 2011, Nicox a réduit de façon drastique ses dépenses : sa perte nette s'est limitée à 17 millions (contre plus de 40 millions lors des exercices précédents). Sur la base d'une consommation annuelle de trésorerie estimée entre 10 et 15 millions, la société dispose d'un peu plus de sept ans de visibilité financière (hors revenus et acquisitions potentiels), un record dans le secteur.
La technologie est-elle valide ?
Issue d'une application du prix Nobel 1998 de médecine (attribué à Louis J. Ignarro) fondée sur la découverte des propriétés de libération de l'oxyde nitrique, la technologie de Nicox, qui repose sur la reformulation de molécules existantes pour en améliorer l'efficacité, n'est pas caduque. En premier lieu, la FDA ne l'a pas totalement invalidée, en retoquant le Naproxcinod. Elle a réclamé des études à grande échelle, destinées à évaluer sa réelle supériorité par rapport à la molécule initiale. Un coût que ne pouvait supporter la petite biotech française. Cette grave déconvenue a toutefois fait suite à l'échec, en 2008, du partenariat avec Pfizer pour le développement du NCX 116 (traitement du glaucome). Le géant américain avait jugé l'efficacité du produit insuffisante pour en faire un successeur à son médicament phare, le Xalatan, dont le brevet a expiré en 2011. Reste qu'on peut douter de la motivation de Pfizer, celui-ci ayant finalement affirmé sa volonté de sortir de l'ophtalmologie, dans le cadre d'un recentrage stratégique.
En récupérant les droits du produit, qu'il a recédés en 2010 à Bausch & Lomb, Nicox a prouvé que l'histoire des composés donneurs d'oxyde nitrique n'était pas terminée. Le groupe américain spécialisé dans l'ophtalmologie, a en effet révélé le potentiel du candidat médicament en réalisant des études cliniques sur plus de patients, augmentant la puissance statistique des résultats.
Que reste-t-il à l'actif ?
Le partenariat de Nicox avec Bausch & Lomb dans le traitement du glaucome (BOL 303) est désormais le seul actif que les investisseurs, échaudés, prennent en compte pour valoriser la société. Il repose sur des paiements d'étape pouvant aller jusqu'à 173 millions de dollars (135 millions d'euros). Nicox a déjà touché 10 millions de dollars à la signature et perçu, en avril, 10 millions supplémentaires à l'annonce du lancement d'un programme de phase clinique 3, à l'échelle mondiale. Les résultats de phase 2b du BOL 303 ont en effet démontré un taux de réponse significativement supérieur à celui du Xalatan.
Le glaucome, une maladie grave pouvant entraîner la cécité, touche 8 millions de personnes par an dans le monde et représente un marché de 6 milliards de dollars, dominé jusqu'en 2011 par le Xalatan de Pfizer.
Une stratégie crédible ?
L'objectif, indique le président Michele Garufi, est de « nous réinventer, en devenant une société peu consommatrice de cash qui génère des revenus. [Ce] en capitalisant sur notre légitimité dans l'ophtalmologie ». Nicox veut ainsi devenir un acteur de spécialités dans ce secteur en se positionnant sur plusieurs segments. « Après l'échec de son modèle économique binaire qui reposait sur une seule molécule, Nicox a peu d'alternatives : il lui faut "dérisquer" son développement », explique Sébastien Malafosse, analyste financier chez Bryan Garnier. Grâce à son importante trésorerie, la société va procéder au rachat et à la prise en licence d'actifs dans l'ophtalmologie en développement avancé ou déjà commercialisés. Elle cible des produits de niche requérant une force de vente limitée. Nicox a ainsi acquis en mars 12 % du capital de la société britannique Altacor (qui dispose d'un effectif de huit commerciaux) pour 2,5 millions d'euros et devrait exercer son option sur le solde du capital avant fin mai. Altacor a réalisé 0,8 million d'euros en 2011 grâce à deux collyres contre la sécheresse oculaire vendus uniquement au Royaume-Uni mais dont la commercialisation sera étendue par Nicox. Deux produits en phase avancée, une solution postopératoire et un injecteur de lentille intra-oculaire sont proches de l'enregistrement.
Michele Garufi indique être en discussion sur de nombreux autres dossiers. Pour ce faire, l'équipe de direction a été renforcée avec le recrutement de deux directeurs disposant d'une longue expérience dans l'ophtalmologie, l'un en Europe, l'autre aux Etats-Unis. Ils déploieront pays par pays les infrastructures commerciales en octroyant notamment des licences de distribution pour les nouveaux médicaments qui viendront progressivement enrichir le portefeuille de la société. Ce qui devrait, à terme, générer des synergies. Sachant que les opérations sont juste amorcées, il est difficile d'évaluer le potentiel des nouveaux produits. « La plus grande inconnue est l'exécution de la stratégie, qui, au demeurant, paraît pertinente », conclut Sébastien Malafosse.
Naproxcinod est-il mort ?
La société est en train de constituer un nouveau dossier afin de répondre aux demandes d'essais cliniques complémentaires requis par la FDA, avec une dose plus faible et en se limitant à l'indication de l'arthrose du genou. Elle indique qu'elle ne prendra pas en charge ces études mais fera appel à un partenaire. Naproxcinod pourrait peut-être renaître. Plus modestement…
Anne Barloutaud
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