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GILLES MICHEL DIRECTEUR GÉNÉRAL DU FONDS STRATÉGIQUE D'INVESTISSEMENT (FSI)
« La politique n'intervient jamais dans les décisions du FSI »
24/08/10 - 01H00 - Les Echos
Gilles Michel passe le relais cette semaine à Jean-Yves Gilet, qui prendra officiellement les rênes du Fonds stratégique d'investissement (FSI) dans les prochaines semaines. Il tire un bilan de ses vingt mois à la tête de ce fonds souverain à la française créé début 2009.
Vous dites vouloir retourner à votre métier d'industriel, n'est-ce pas un peu tôt ?
J'ai le sentiment d'avoir accompli la mission qui m'était fixée : installer le Fonds stratégique d'investissement dans le paysage économique de façon à en faire un outil économique viable et utile au service de la compétitivité des entreprises. Le rôle d'investisseur long terme du FSI ne pourra être jugé que sur la durée mais, après vingt mois d'existence, il s'est révélé un investisseur public important et parfois même central dans ses quatre domaines d'intervention : les grands acteurs cotés, les sociétés de taille intermédiaire souvent familiales, les petites et moyennes entreprises et les sociétés en difficulté. Dernier exemple en date, Valeo, dont le désengagement récent de Pardus, son principal actionnaire, s'est opéré sans déstabiliser l'entreprise. Notre signature d'investisseur de référence à long terme a en effet contribué à une recomposition de son capital sans perturbation notable.
De nombreux dossiers ont un caractère très politique, cette pression vous a-t-elle lassé ?
Plus de 80 % des 120 décisions d'investissement déjà prises par le FSI ont concerné des petites et moyennes entreprises, mais ce sont les quelques dossiers d'entreprises en difficulté qui font le plus parler de nous ! Cela dit, la politique est inhérente au FSI dans la mesure où il est un outil public chargé de mobiliser des ressources publiques dans des entreprises privées au nom d'une mission d'intérêt général. Nous sommes donc sollicités régulièrement par élus et cabinets ministériels. C'est tout à fait normal parce qu'il y a des enjeux de territoire, de compétitivité ou même de poids de la France dans l'économie mondiale. L'essentiel est que la grille d'analyse établie par le FSI avant tout investissement demeure identique quelles que soient la qualité ou la visibilité de la sollicitation. Lorsque des entreprises en difficulté mais porteuses de compétitivité font appel à nous, notre objectif est de faire émerger une vraie solution industrielle. Dans le cas d'Heuliez, nous avons ainsi très activement étudié avec l'ensemble des parties prenantes la viabilité du projet du repreneur initial, puis celle des projets alternatifs. In fine, le projet qui représente la meilleure chance de rebond industriel depuis de nombreuses années pour Heuliez ne requiert pas notre intervention et c'est aussi bien.
N'y a-t-il pas une intention du politique de profiter d'un instant de faiblesse du FSI dans le projet Altis ?
On est en plein milieu du gué. Le projet présenté, une reconversion de l'outil industriel, est certes la seule voie envisageable pour l'avenir, mais il est très audacieux car il consiste à transformer une usine fournisseur de ses deux actionnaires en une société indépendante servant tout le marché. Nous voulons nous assurer que, si nous investissons, les risques importants que nous sommes prêts à prendre le seront dans des conditions maîtrisées. Le conseil d'administration s'est réuni fin juillet et a exprimé au repreneur les conditions et éléments nous paraissant devoir être améliorés pour investir. Ce travail est en train de se faire. Il n'y a pas de vacance de pouvoir entre mon départ et l'arrivée de Jean-Yves Gilet. En témoignent les trois investissements annoncés durant l'été.
Le FSI a donc la capacité de résister à la pression politique ?
Son principe d'action est d'évaluer les projets à l'aune de sa mission et d'être force de proposition quelle que soit la décision finale. La dimension politique n'intervient jamais dans les décisions du comité d'investissement du FSI. Par exemple, lorsque nous travaillons sur le dossier CMA CGM, c'est parce qu'il est le troisième armateur mondial et le premier français. Et c'est bien sûr toujours et seulement avec l'entreprise et ses actionnaires que la discussion d'investissement a lieu. Il n'y a pas l'ombre d'un désaccord entre l'Etat et le FSI sur ces principes.
Au-delà des conflits politiques, il y a aussi des conflits d'intérêts. En l'occurrence, Albert Frère était dans le dernier tour de table de CMA CGM tout en étant l'actionnaire principal d'Imerys, la société que vous rejoignez.
La possibilité de conflit d'intérêts existe pour tout un chacun au sein du FSI, et c'est pourquoi nous avons mis en place d'entrée de jeu un code de déontologie que nous avons tous signé, membres du FSI comme administrateurs. Si un conflit d'intérêts émerge, l'intéressé s'extrait du processus de discussion et de décision. Quand le nom d'Albert Frère a commencé à être évoqué dans le dossier CMA CGM, je me suis totalement retiré. A ce stade, d'ailleurs, le tour de table qui incluait Albert Frère n'a pas convaincu l'actionnaire majoritaire, la famille Saadé. Et la balle est dans le camp de cette dernière : soit elle considère qu'il n'y a plus besoin d'une recapitalisation, soit il devra y avoir accord sur les conditions qui seront celles de tout investisseur avisé.
La crise terminée, y aura-t-il toujours une place pour le FSI ?
La qualité de notre signature sera toujours un gage de pérennité déterminant pour les entreprises, en particulier pour celles de taille intermédiaire, le « Mittelstand ». Par ailleurs, le FSI restera un investisseur capable de prendre des risques que bien d'autres hésiteraient à prendre. Au-delà de son statut d'investisseur, le FSI va en outre voir son rôle d'actionnaire prendre de l'importance, y compris sur le plan social. Ses choix devront pouvoir influencer positivement la marche des entreprises et de leurs marchés.
PROPOS RECUEILLIS PAR NINON RENAUD ET DAVID BARROUX, Les Echos
« La politique n'intervient jamais dans les décisions du FSI »
24/08/10 - 01H00 - Les Echos
Gilles Michel passe le relais cette semaine à Jean-Yves Gilet, qui prendra officiellement les rênes du Fonds stratégique d'investissement (FSI) dans les prochaines semaines. Il tire un bilan de ses vingt mois à la tête de ce fonds souverain à la française créé début 2009.
Vous dites vouloir retourner à votre métier d'industriel, n'est-ce pas un peu tôt ?
J'ai le sentiment d'avoir accompli la mission qui m'était fixée : installer le Fonds stratégique d'investissement dans le paysage économique de façon à en faire un outil économique viable et utile au service de la compétitivité des entreprises. Le rôle d'investisseur long terme du FSI ne pourra être jugé que sur la durée mais, après vingt mois d'existence, il s'est révélé un investisseur public important et parfois même central dans ses quatre domaines d'intervention : les grands acteurs cotés, les sociétés de taille intermédiaire souvent familiales, les petites et moyennes entreprises et les sociétés en difficulté. Dernier exemple en date, Valeo, dont le désengagement récent de Pardus, son principal actionnaire, s'est opéré sans déstabiliser l'entreprise. Notre signature d'investisseur de référence à long terme a en effet contribué à une recomposition de son capital sans perturbation notable.
De nombreux dossiers ont un caractère très politique, cette pression vous a-t-elle lassé ?
Plus de 80 % des 120 décisions d'investissement déjà prises par le FSI ont concerné des petites et moyennes entreprises, mais ce sont les quelques dossiers d'entreprises en difficulté qui font le plus parler de nous ! Cela dit, la politique est inhérente au FSI dans la mesure où il est un outil public chargé de mobiliser des ressources publiques dans des entreprises privées au nom d'une mission d'intérêt général. Nous sommes donc sollicités régulièrement par élus et cabinets ministériels. C'est tout à fait normal parce qu'il y a des enjeux de territoire, de compétitivité ou même de poids de la France dans l'économie mondiale. L'essentiel est que la grille d'analyse établie par le FSI avant tout investissement demeure identique quelles que soient la qualité ou la visibilité de la sollicitation. Lorsque des entreprises en difficulté mais porteuses de compétitivité font appel à nous, notre objectif est de faire émerger une vraie solution industrielle. Dans le cas d'Heuliez, nous avons ainsi très activement étudié avec l'ensemble des parties prenantes la viabilité du projet du repreneur initial, puis celle des projets alternatifs. In fine, le projet qui représente la meilleure chance de rebond industriel depuis de nombreuses années pour Heuliez ne requiert pas notre intervention et c'est aussi bien.
N'y a-t-il pas une intention du politique de profiter d'un instant de faiblesse du FSI dans le projet Altis ?
On est en plein milieu du gué. Le projet présenté, une reconversion de l'outil industriel, est certes la seule voie envisageable pour l'avenir, mais il est très audacieux car il consiste à transformer une usine fournisseur de ses deux actionnaires en une société indépendante servant tout le marché. Nous voulons nous assurer que, si nous investissons, les risques importants que nous sommes prêts à prendre le seront dans des conditions maîtrisées. Le conseil d'administration s'est réuni fin juillet et a exprimé au repreneur les conditions et éléments nous paraissant devoir être améliorés pour investir. Ce travail est en train de se faire. Il n'y a pas de vacance de pouvoir entre mon départ et l'arrivée de Jean-Yves Gilet. En témoignent les trois investissements annoncés durant l'été.
Le FSI a donc la capacité de résister à la pression politique ?
Son principe d'action est d'évaluer les projets à l'aune de sa mission et d'être force de proposition quelle que soit la décision finale. La dimension politique n'intervient jamais dans les décisions du comité d'investissement du FSI. Par exemple, lorsque nous travaillons sur le dossier CMA CGM, c'est parce qu'il est le troisième armateur mondial et le premier français. Et c'est bien sûr toujours et seulement avec l'entreprise et ses actionnaires que la discussion d'investissement a lieu. Il n'y a pas l'ombre d'un désaccord entre l'Etat et le FSI sur ces principes.
Au-delà des conflits politiques, il y a aussi des conflits d'intérêts. En l'occurrence, Albert Frère était dans le dernier tour de table de CMA CGM tout en étant l'actionnaire principal d'Imerys, la société que vous rejoignez.
La possibilité de conflit d'intérêts existe pour tout un chacun au sein du FSI, et c'est pourquoi nous avons mis en place d'entrée de jeu un code de déontologie que nous avons tous signé, membres du FSI comme administrateurs. Si un conflit d'intérêts émerge, l'intéressé s'extrait du processus de discussion et de décision. Quand le nom d'Albert Frère a commencé à être évoqué dans le dossier CMA CGM, je me suis totalement retiré. A ce stade, d'ailleurs, le tour de table qui incluait Albert Frère n'a pas convaincu l'actionnaire majoritaire, la famille Saadé. Et la balle est dans le camp de cette dernière : soit elle considère qu'il n'y a plus besoin d'une recapitalisation, soit il devra y avoir accord sur les conditions qui seront celles de tout investisseur avisé.
La crise terminée, y aura-t-il toujours une place pour le FSI ?
La qualité de notre signature sera toujours un gage de pérennité déterminant pour les entreprises, en particulier pour celles de taille intermédiaire, le « Mittelstand ». Par ailleurs, le FSI restera un investisseur capable de prendre des risques que bien d'autres hésiteraient à prendre. Au-delà de son statut d'investisseur, le FSI va en outre voir son rôle d'actionnaire prendre de l'importance, y compris sur le plan social. Ses choix devront pouvoir influencer positivement la marche des entreprises et de leurs marchés.
PROPOS RECUEILLIS PAR NINON RENAUD ET DAVID BARROUX, Les Echos

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